Histoire du Clos de Vougeot : neuf siècles en quelques dates

Les moines : 1098–1551
Tout commence à une dizaine de kilomètres d’ici, à l’abbaye de Cîteaux, fondée en 1098. Entre 1109 et 1115 environ, les cisterciens réunissent des parcelles données ou achetées et les enclosent : c’est le clos. Au XIIe siècle ils bâtissent la cuverie, en forme de cloître, et le Grand Cellier voûté qui pouvait abriter deux mille pièces de vin. Quatre pressoirs à cabestan en chêne, capables chacun de quatre tonnes de raisin, occupent la cuverie. Au XIVe siècle, la charpente de chêne du dortoir des frères convers vient coiffer l’étage où dormaient les laïcs qui travaillaient la vigne.
Ce sont les mêmes moines qui, parcelle après parcelle, ont noté que le vin du haut du clos ne ressemblait pas à celui du bas. Le mot « climat », en Bourgogne, sort de ce travail-là. En 1551, Dom Jean Loisier, 48e abbé de Cîteaux, fait bâtir le manoir Renaissance : la cour d’honneur, les cuisines, le puits. Le bâtiment que vous visitez aujourd’hui est cette addition posée sur l’outil agricole médiéval, et le parcours fléché passe des deux côtés.
La rupture : 1790
Le 13 février 1790, l’abbaye et ses treize mille hectares, dont le clos, sont confisqués comme biens nationaux. En une décision, six siècles et demi de propriété unique s’arrêtent. C’est le point de départ du morcellement qui fait aujourd’hui la particularité du grand cru : un mur, un nom, et des dizaines de mains différentes. La suite de cette histoire est sur combien de propriétaires.
Les propriétaires du XIXe siècle
En 1818, le banquier Gabriel-Julien Ouvrard achète le château et le domaine. En 1889, le négociant Léonce Bocquet rachète le château et quinze hectares ; il restaure le bâtiment, qui en avait besoin, et il y est inhumé en 1913. C’est son prénom que porte aujourd’hui le restaurant du château, La Table de Léonce — le détail est sur la page du déjeuner.
En 1920, Étienne Camuzet achète le château. Vigneron, député de la Côte-d’Or, maire de Vosne-Romanée, il garde les murs et vend les quinze hectares à quinze propriétaires. Cette décision-là, plus qu’aucune autre, explique le clos d’aujourd’hui.
1934 : la Confrérie
La Confrérie des Chevaliers du Tastevin est fondée en 1934 à Nuits-Saint-Georges, en pleine crise viticole : les vins bourguignons ne se vendaient plus et un petit groupe décide de les défendre par la fête et le rituel plutôt que par la réclame. Elle compte aujourd’hui environ douze mille membres actifs dans le monde, tient ses chapitres et ses dîners d’intronisation dans le Grand Cellier, et a lancé la Saint-Vincent tournante, qui change de village chaque fin janvier. Le film projeté dans le Petit Cellier, « Jamais en vain, toujours en vin », raconte cela mieux que moi.
1944 et le bail de 99 ans
En 1944, la Société civile des Amis du Château du Clos de Vougeot rachète le bâtiment et le confie à la Confrérie par un bail de quatre-vingt-dix-neuf ans. C’est le montage qui tient encore : une société propriétaire des murs, une confrérie qui les occupe et les fait vivre. Le château est classé monument historique depuis 1949 et n’a plus aucune vigne ; il ne produit plus de vin. Qui possède quoi exactement ? La réponse tient sur une page entière, parce que la question revient sans cesse.
Depuis le 4 juillet 2015, le château abrite aussi le siège de l’association des Climats du vignoble de Bourgogne inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. En 2019, il a accueilli le premier championnat du monde de l’œuf en meurette, le 11 octobre — les moines auraient sans doute trouvé cela raisonnable.
Lisez les dates dans l’ordre en marchant : cuverie et cellier pour les moines, cour et cuisines pour 1551, Grand Cellier pour la Confrérie. Le bâtiment se raconte tout seul si vous suivez le fléchage sans sauter d’étape.
Deux histoires qu’on vous racontera
La légende veut que, sous l’Empire, le colonel Bisson ait fait présenter les armes à ses troupes devant le clos ; de là vient l’expression « saluer le Clos de Vougeot ». Je la raconte toujours en disant que c’est une légende, parce qu’elle est trop belle pour être vérifiée. L’autre anecdote est de cour : Louis XIV s’était vu prescrire par son médecin Fagon les vins de Bourgogne, ceux de Nuits. Une ordonnance royale, rien de plus, mais elle a beaucoup servi au commerce.
Neuf siècles, et un vin
L’histoire du bâtiment et celle de l’appellation se séparent en 1790 et ne se rejoignent plus. Le clos, lui, est devenu grand cru en 1937 et couvre environ cinquante hectares d’un seul tenant. C’est le sujet de la page consacrée au vin, et si vous voulez voir les parcelles depuis les vignes, les formules sont sur toutes les visites.
Entrer, et manger dans le décor
Le déjeuner-dégustation à La Table de Léonce comprend la visite guidée du château et un repas en quatre services de cuisine bourguignonne, avec quatre vins sélectionnés par la Confrérie et les commentaires du sommelier sur les Climats classés à l’UNESCO.
Questions fréquentes
Qui a construit le Clos de Vougeot ?
Les moines cisterciens de l’abbaye de Cîteaux, fondée en 1098 : ils constituent le clos vers 1109–1115 et bâtissent la cuverie et le Grand Cellier au XIIe siècle. Le manoir Renaissance date de 1551.
Que s’est-il passé à la Révolution ?
Le 13 février 1790, l’abbaye et ses treize mille hectares, dont le clos, sont confisqués comme biens nationaux. C’est l’origine du morcellement : voir combien de propriétaires.
Qu’est-ce que la Confrérie des Chevaliers du Tastevin ?
Une confrérie fondée en 1934 à Nuits-Saint-Georges pendant la crise viticole, environ douze mille membres actifs dans le monde. Elle occupe le château depuis 1944 par un bail de 99 ans : voir qui est propriétaire.
Le château produit-il encore du vin ?
Non. Il ne possède plus de vignes depuis les ventes du XXe siècle. Les parcelles du clos appartiennent à plus de quatre-vingts propriétaires : voir le vin Clos de Vougeot.